Emploi, Innovation, Logistique, Nouvelle économie, Prévention des risques

Les robots logisticiens

Publié le

Faut-il avoir peur des robots ? Vont-ils vraiment remplacer les emplois à tous les niveaux et dans tout type de circonstances professionnelles ? Entre l'appréhension de la technologie, les impacts sur l'emploi à grande échelle, le rôle de l'individu et les incroyables évolutions technologiques qui permettent aux robots de réaliser des choses inenvisageables il y a seulement quelques années ; la question se pose. Nous vous proposons d'en faire un petit tour d'horizon pour essayer de mieux en définir les contours, et l'impact de ces nouveaux collaborateurs mécaniques dans les années à venir...

      1. Contexte

Dans l’inconscient collectif, le robot est l’objet de nombreux fantasmes. Entre les personnages cinématographiques de Wall-e ou Terminator, les finalités de la robotique sont bien différentes. Et l’évolution des sciences informatiques de ces dernières années nous permet de toucher du doigt un degré d’autonomie et de complexité des mouvements jamais égalés.

Sujet complexe et innovant oblige, la Supply Chain est à nouveau le terrain de jeu idéal pour tester ces nouvelles technologies robotiques. Mais où en sommes-nous exactement en termes de mise en place, du rôle donné aux machines dans des processus complexes et vis-à-vis des opérateurs humains ?

Par ailleurs, il y a eu également ces dernières années un fort développement de la cobotique, étape intermédiaire avant la conception de robots autonomes et dotés d’une intelligence artificielle propre. Qu’est-ce que cela a changé pour les opérations logistiques et après quelques années d’usage, est-ce un avantage concurrentiel ou un danger pour le secteur ?

 

      2. Synthèse AFT

La problématique de fond des Supply Chain ne change pas : il faut rechercher la rentabilité et accélérer les opérations davantage, et ce malgré les crises qui surviennent au niveau mondial. Entre l’impact de l’épidémie covid sur l’accélération du e-Commerce, les tensions sur le recrutement de personnels logistiques et les fragilités des chaînes d’approvisionnement international, les entrepôts du monde entier font face à de nombreuses difficultés, dont celle de recruter et conserver des personnels qualifiés et performants dans leurs équipes.

L’un des aspects dominants de cette problématique est l’épuisement au travail ; entre des tâches physiques récurrentes et une cadence opérationnelle élevée. Les troubles musculosquelettiques y sont particulièrement présents et représentent le premier risque d’absentéisme ou d’arrêts des personnels.

Dans un environnement global et mondialisé, un autre aspect préoccupant pour la performance des opérations logistiques est l’extension du nombre de références, donc de manipulations potentielles lors de la préparation de commandes, tout en réduisant les délais de traitement pour répondre à des attentes clients de plus en plus élevées. Les tâches et mouvements dans l’entrepôt se retrouvent au centre de la rentabilité des opérations et la marge de manœuvre, donc l’autonomie des opérateurs se réduit pour être le plus efficace et rentable possible.

Pour autant, ces actions n’ont qu’une faible valeur ajoutée. Il s’agit d’opérations répétées, sans prise de décision des opérateurs où l’impact sur les coûts de gestion est principalement le temps de traitement, nerf de la guerre des entrepôts logistiques.

Les plus grands groupes ne sont donc intéressé de près aux technologies robotiques, bien avant la crise covid, pour essayer de répondre à cette contrainte grandissante. Avec la cobotique, on permettait déjà de découpler certaines opérations des opérateurs, tout en améliorant les conditions de travail pour alléger les tensions musculaires. Les exosquelettes permettent de soulager les tensions et porter des charges plus importantes et plus facilement, ils accompagnent également la posture des opérateurs.

Les cobots qui sont pilotés ou reproduisent les gestes d’opérateurs permettent quant à eux non seulement de réaliser ces gestes sans implication directe des personnels mais également d’améliorer la cadence en dupliquant un gestes sur plusieurs bras mécanisés par exemple. Selon les usages prévus, ils peuvent soulever des charges et les déplacer à la place des opérateurs mais ont encore une assise statique.

La nouvelle génération de robots autonomes dans l’environnement logistique se décompose en deux grandes familles :

  • La préparation de commandes
  • Le déplacement de marchandises

Les premiers restent encore généralement sur un format cobot afin d’accompagner les gestes des opérateurs. Les développements et le besoin d’intelligence artificielle pour les rendre totalement autonomes en dehors d’une activité « en série » demande beaucoup d’investissements et de modélisation, là où la logistique doit rester flexible et s’adapter en permanence à de nouveaux clients, produits, agencements, etc.

Les seconds se développent rapidement avec notamment les plus grands groupes et pure players, puisque la circulation des produits est un des enjeux de compétitivité et rentabilité des entrepôts. Il s’agit aussi d’une activité à faible valeur ajoutée pour les opérateurs et plus facile à modéliser au regard des normes d’un entrepôt (allées de circulation, délimitation des zones de travail, etc.)

Pour la mise en place de ces solutions, constructeurs et entreprises semblent indiquer qu’il ne s’agit jamais de remplacer les personnels mais toujours d’une complémentarité voire collaboration humain-robot. D’après l’OCDE, seuls 7% des emplois en France représentent une probabilité d’automatisation du travail supérieure à 70%. Seuls 15% d’entre eux seraient véritablement automatisables, au regard des besoins en flexibilité et adaptabilité des salariés.

Pas de panique pour les emplois logistiques donc, l’intelligence artificielle et l’autonomie totale de cette technologie n’étant pas encore au sommet de son art.

 

      3. Perspectives pour la logistique

Si la cobotique connaît déjà un développement fort dans le secteur industriel et notamment automobile ou aéronautique, la complexité des opérations logistiques en bout de chaîne ne facilite pas une déclinaison massive de cette technologie. Les enjeux principaux sont la réduction de la pénibilité et la productivité, tout en restant flexible, caractéristique importante des opérateurs dans le métier.

Les entreprises qui ont franchi le pas sont principalement des grands groupes, à l’instar des marques de la distribution du e-Commerce, américaine ou chinoise. Mais les enjeux de productivité et le développement des robots mobiles autonomes permet depuis quelques années d’accélérer la cadence et productivité des sites sans forcément passer par une automatisation totale (environ 6% des entrepôts en France).

Selon le Financial Times, plus de 2 millions de robots devraient être conçus et expédiés vers les entrepôts du monde entier. Au-delà de l’argumentaire de vente, qui consiste à défendre le non-remplacement des emplois, il semblerait que l’ensemble des acteurs qui utilise ces moyens confirme l’importance de la collaboration avec leurs salariés.

Les avantages mis en avant sont la possibilité de focaliser les employés sur les tâches demandant flexibilité et autonomie, pour gagner sur temps sur tous les déplacements. Cela réduirait également les distractions puisque les déplacements des opérateurs sont alors limités à un poste ou environnement de travail, pour un certain nombre de tâches à accomplir. La distance à parcourir peut être réduite jusqu’à 60% pour des personnels qui parcouraient plusieurs kilomètres par jour.

Un autre aspect intéressant de l’utilisation des robots serait dans l’amélioration de la courbe d’apprentissage, puisque les exigences à l’embauche sont alors moindres étant donné la limitation du périmètre confié aux opérateurs. Les robots peuvent être programmés pour transmettre des instructions de commande au moment où ils apportent des produits sur un plan de travail, etc.

Ce transfert d’information et d’assistance aux opérations réduit le besoin d’une présence hiérarchique ou expérimentée à proximité, qui est alors productive ailleurs, pour d’autres besoins de l’entreprise. Eventuellement former de nouvelles recrues. Cet appui est particulièrement reconnu pour absorber les pics saisonniers d’activité ou la pénurie de main d’œuvre, en conservant le personnel sur des tâches à valeur ajoutée et en maintenant ou accélérant la productivité grâce aux seuls déplacements de marchandise.

Attention cependant à rester vigilant au rôle des individus à terme dans cet environnement, puisqu’à l’instar de technologies comme les casques à commande vocale, il reste tout de même un risque de cloisonnement des opérateurs et donc de démobilisation à terme. La logistique reste un métier humain, où la dimension managériale et les interactions sont essentielles.

 

Définitions :

Cobotique : domaine de la collaboration humain-robot, par une interaction directe ou téléopérée d’opérations, en vue d’atteindre un objectif commun. Ce domaine est à l'interface de la cognitique et du facteur humain, de la biomécanique et de la robotique.

 

Sources

Informations annexes au site