Logistique, Transport

Les messagers de la logistique

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Qu’est-ce que l’activité « messagerie » ?

Pour le grand public comme pour les professionnels, la compréhension des différents enjeux de la prestation de transport permet à la fois de rationaliser les coûts mais aussi de maîtriser les délais de service. L'activité de messagerie se spécialise sur des articles spécifiques et un mode de fonctionnement qui leur permet d’être toujours plus compétitifs vis-à-vis de la concurrence.

Pour les clients finaux, elle est souvent connu par sa prestation « express », qui a fortement accéléré la prestation de livraison du dernier kilomètre pour un service garanti en moins de 24h. Cette solution, importée d’Allemagne, pousse à une optimisation des délais au détriment des coûts. Mais est-ce que tous les opérateurs travaillent de la même manière et peut-on réellement les comparer ?

L'AFT vous propose une petite immersion dans cet environnement spécifique et particulièrement dynamique...

      I. Contexte

Qu’est-ce que l’activité « messagerie », parmi la palette des offres de transport ? Pour le grand public comme pour les professionnels, la compréhension des différents enjeux de la prestation de transport permet à la fois de rationaliser les coûts mais aussi de maîtriser les délais de service. Surtout lorsque cette même activité de messagerie se spécialise, selon les opérateurs de transport, sur des articles spécifiques et un mode de fonctionnement qui leur permet d’être toujours plus compétitifs vis-à-vis de la concurrence.

La messagerie dite « standard », consiste en l’acheminement d’un lot de colis pour moins de 3 tonnes, dans un délai compris entre 24 et 48h. La messagerie « rapide » a fait évoluer cette pratique pour un acheminement de lot de colis dans un délai de 24h. La messagerie « express » a ensuite accéléré encore davantage la prestation pour un service garanti en moins de 24h.

En 1995, c’est la création de l’activité « monocolis » : des opérateurs spécialisés qui se démarquent au point de changer drastiquement le paysage des opérateurs transport sur ce type de prestation. Contrairement aux offres précédentes, celle-ci se distingue non pas sur les délais de livraison mais sur les coûts et le type de colis : il s’agit de traiter les colis uniques, de poids inférieur à 30 kilogrammes, dans une organisation spécialisée qui se consacre ainsi à un certain type d’équipements, de pratiques et de cadence.

Cela permet d’optimiser les coûts de fonctionnement et donc de réduire fortement les coûts pratiqués en messagerie à l’époque, et d’améliorer également les conditions d’exercice pour les opérateurs par une meilleure maîtrise des entrées / sorties de colis sur les plateformes logistiques.

Cette solution, importée d’Allemagne, a porté un coup dur aux organisations de messagerie classique, qui étaient organisées pour traiter l’ensemble des produits transitant sur leurs plateformes, et non récompensés par cette flexibilité au détriment de l’efficacité des coûts. La standardisation des colis, ce sont environ 30% d’optimisation des coûts de production, la possibilité d’automatisation et donc d’accélération de la cadence de travail sur une plateforme logistique.

 

      II. Synthèse AFT

Depuis plusieurs années, les chaînes d’approvisionnement tendent à la réduction des stocks par l’approvisionnement en continu des chaînes de production ou de fabrication, et une forte tendance à réaliser des opérations en flux tendu ou « juste-à-temps ». Cette tendance est renforcée par l’explosion des activités de e-Commerce et de la demande de livraison individualisée pour les consommateurs finaux.

Les opérations logistiques sont ainsi poussées à passer d’une massification à la fragmentation des flux. Malgré des outils informatiques toujours plus performants, ce sont des flux plus nombreux et des échanges plus rapides attendus, favorisant le recours croissant à la messagerie rapide et monocolis.

Le transport messagerie, à la différence d’une opération d’affrètement, se caractérise par une rupture de charge à minima entre le point d’enlèvement et celui de livraison afin de dégrouper puis grouper des produits selon le réseau en place et les zones de livraison ciblées.

L’avantage pour un transporteur de réaliser une opération de messagerie, c’est une meilleure maîtrise et donc optimisation de ses tournées de livraison, notamment le taux de remplissage des véhicules. A l’inverse, le nombre de manutentions des colis implique une augmentation de ses coûts opératoires. L’équilibre des deux implique une meilleure performance sur les petits colis et si possible de mettre en place des processus automatisés.

Les opérations de messagerie « classique » ont mis en place un découpage systématique des opérations de collecte puis livraison de produits, en passant par une plateforme logistique, où un dégroupage/groupage des colis est réalisé. Sur ces plateformes, typiques de l’activité de messagerie, les colis et palettes transitent en moins de 24h via la manipulation des opérateurs logistiques présents et une organisation des transports rigoureuse.

Mais les produits jusqu’à présent pouvaient arriver à l’unité, en lots, avec des dimensions ou un poids particulièrement important, ce qui rend difficile les conditions d’exercice pour les transporteurs. La volonté de se spécialiser par les monocolistes a donc fortement impacté la compétition et l’organisation du secteur, en absorbant une grande partie des flux sur leurs réseaux. Très rapidement et grâce à des investissements importants pour automatiser leurs flux, ils ont fait baisser les prix du secteur et remporté d’importantes parts de marché. Pour les opérateurs de quai, ce sont également d’autres pratiques pour l’exercice du métier, qui sont alors assistés par des convoyeurs et une certaine automatisation des tâches.

Cependant, les autres colis et flux n’ont pas pour autant disparu. Tout en perdant des parts de marché sur ce segment, les autres opérateurs ont dû se repenser pour rester économiquement compétitifs sur ces produits dont la maîtrise devient encore plus complexe. Ils se démarquent donc d’autant plus sur une prestation basée sur les délais (livraison express, nocturne…) ou une prestation complète pour leurs clients, impliquant l’installation d’outils informatiques et une traçabilité performante.

Pour un client de l’activité messagerie, la recherche de la solution de transport idéale est à la fois plus complexe mais aussi beaucoup plus compétitive économiquement sur la plupart des segments (dimensions et poids de colis, conditions de délai). Cependant, certaines déviances se font sentir sur le secteur, par des pratiques de sous-traitance trop strictes, qui n’affectent pas les réseaux des uns et des autres de la même manière. Dans une compétition fortement axée sur les prix, les plus petits acteurs sont fragilisés tandis que les plus gros acteurs essaient de se distinguer sur leur périmètre historique.

 

      III. Perspectives pour la logistique

Pour les experts du transport de messagerie comme les prestataires logistiques, une trop forte compétitivité sur les prix serait un risque majeur pour l’ensemble de la profession. D’une part, les études de marché semblent confirmer que l’impératif de « délai de livraison » n’est pas une priorité des consommateurs finaux, et donc que les prestations « rapide » ou « express » ne sont plus différenciantes. D’autre part, l’explosion des demandes du e-Commerce et l’exigence des consommateurs sur les pratiques de livraison implique une capacité de service déjà limitée pour répondre pleinement aux besoins du marché.

Pour les opérateurs de messagerie, il existe actuellement une contrainte majeure, en sus de la compétition du secteur, qui réside dans la non-disponibilité de ressources humaines pour les postes de conducteur et opérateur de messagerie. Par manque d’attractivité ou de connaissance de ces métiers, il est difficile de recruter, former et fidéliser sur ces postes. Avec une augmentation de la cadence et des délais de service, les conditions d’exercices sont également mises à mal, pour les deux profils.

Il s’agit donc pour les entreprises concernées d’investir dans l’amélioration des conditions d’exercice tout en révisant leurs modèles organisationnels et les relations qu’elles peuvent avoir entre elles. Car dans un réseau national mais également international de plus en plus complexe, il est impossible désormais de mener de telles opérations sur la base de son seul réseau de transport.

Toutes les entreprises de messagerie sont interconnectées sur la partie enlèvement des marchandises avant le dégroupage ou transit qui permet ensuite à un opérateur de reprendre le contrôle de ses tournées de livraison. Si les pratiques ne sont pas harmonisées, notamment pour les conditions de déchargement/chargement des véhicules, ce sont des enjeux de fiabilité mais aussi d’accidents du travail potentiels qui peuvent entrer en jeu.

Parmi les tendances du marché, le monocolis devrait encore augmenter comparativement aux autres produits transitant sur les réseaux nationaux puisque les principaux opérateurs investissent dans de nouveaux sites et l’agrandissement de leur parc de véhicules. Reste à savoir s’ils parviendront à recruter l’ensemble des équipes nécessaires pour faire tourner ces nouvelles plateformes.

 

Définitions :

Plateforme logistique : lieu où les colis réceptionnés ne font que transiter (moins de 24h) avant d’être chargés sur des véhicules organisés en tournées de livraison.

Convoyeur : mécanisme ou machine qui permet le transport d'une charge isolée ou de produits en vrac de façon continue sur un trajet prédéterminé.

Sources

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