Enseignement supérieur, Logistique, Nouvelle économie, Transport

Commerce international et impact des géopolitiques actuelles sur le Transport et la Logistique

Publié le

Dans le cadre du dernier séminaire CSTL de l'année 2025 qui a eu lieu les 11 et 12 décembre, une vingtaine d'enseignants ont répondu présents pour en apprendre plus sur le "Commerce international et l'impact des géopolitiques actuelles sur le Transport-Logistique".

Commerce international et rivalités de puissance

Sébastien Jean, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, titulaire de la chaire d’économie industrielle et également directeur associé à l’Ifri, a proposé un exposé visant à sensibiliser les enseignants à l’analyse de la situation économique actuelle impactée par les rivalités de puissance sous l’angle historique, économique et politique.

Les offensives actuelles qu’elles soient sur le terrain des taxes douanières, de la détention de « check point » qui sont des passages obligés pour les réseaux économiques mondiaux (système de paiement SWIFT, dette, marché des changes), ou sur le terrain des infrastructures numériques qui utilisent l’ingénierie sociale et cognitive non pour soumettre l’autre par la force mais pour rendre dépendant par la technologie et les normes, constituent les nouvelles armes économiques d’aujourd’hui.

Chaque acteur, selon qu’il peut s’assurer d’une position dominante ou du contrôle d’un produit (terre rares, infrastructure stratégique), tente d’utiliser les dépendances économiques et financières que cela implique afin d’assurer sa supériorité dans un contexte où règnent les asymétries.

La période de la concurrence économique régulée, censée stimuler l’innovation et le marché, et dont on avait l’illusion qu’elle était devenue un socle commun, traverse un nouveau cycle de bouleversements. L’Europe se trouve mise en partie hors-jeu dans cette période d’affrontement entre les acteurs (États, entreprises, ONG) qui vise à capter, contrôler des ressources, accaparer des richesses et accroître sa puissance par l’économie afin de dominer les autres.

Cet exposé aura permis de rappeler combien les relations économiques et financières ne peuvent être déconnectées des rivalités politiques et combien cela oblige les entreprises qui souhaitent compter dans le commerce international à prendre en compte ce nouveau contexte dans leur stratégie.

Commerce international et Transport maritime

Le séminaire s’est poursuivi avec Paul Tourret, directeur de l’ISEMAR, Institut Supérieur d’Economie Maritime, qui a pu brosser un tableau actualisé des enjeux et bouleversements économiques pour le transport maritime.

Après avoir retracé l’évolution du commerce maritime, tant du point de vue des navires, pétroliers, minéraliers, que des marchandises transportées via notamment la révolution des conteneurs, la conférence a permis de mettre en parallèle les évolutions du commerce maritime et du monde économique selon les époques.

De nombreux documents, tableaux et graphiques, accessibles notamment dans les notes de synthèses disponibles sur le site de l’ISEMAR, ont été produits pour illustrer l’évolution économique, politique et maritime au long court permettant ainsi aux enseignants de bénéficier d’une riche documentation qui pourra servir de support de cours.

Les études récentes montrent que dans cette période instable, les politiques internationales entrent en collision avec les routes maritimes mondiales. Qu’il s’agisse des troubles dans le golfe persique, de la guerre en Ukraine, en passant par le retour économique de la Chine ou les tarifs douaniers américains, les cartes du transport maritime ressemblent en tous points aux cartes des conflits géopolitiques actuels. Les tensions impactent le marché des pétroliers et des transporteurs de gaz naturel liquéfié (GNL) qui sont particulièrement soumis aux fluctuations, au changement de demande et à la volatilité des prix. Le marché du vrac est lui aussi impacté par les tensions commerciales entre les Etats Unis et Chine.

Les conteneurs, dont les marchandises subissent l’inflation des droits de douane avec de possibles taxes sur les escales, notamment pour les navires construits en Chine, risquent d’entraîner des changements dans les routes commerciales obligeant les entreprises à revoir au jour le jour la circulation de leurs flux.

Dans le transport maritime comme dans d’autres secteur de l’économie, le constat reste identique, ce sont désormais les aspects géopolitiques qui priment sur les aspects géoéconomiques.

Commerce international et filière de la logistique automobile

Enfin, le séminaire s’est conclu avec une intervention de David Guerrero, enseignant à l’université Gustave Eiffel et portant sur la filière logistique de l’automobile.

Après une première partie consacrée à la logistique automobile, élément fondamental de l’industrie, et une présentation de l’ensemble du processus de fabrication, de la chaîne d’approvisionnement à la distribution, l’intervention a permis d’aborder deux points cruciaux auquel la filière est actuellement confrontée.

L'automobile devenue aujourd'hui un bien mondialisé dépend des chaînes d'approvisionnement transnationales, ce qui la rend vulnérable du fait des évolutions récentes tant du côté des taxes que du côté des disponibilités des technologies liées à l'utilisation des terres rares.

Les droits de douane utilisés comme des outils stratégiques pour fermer ou ouvrir les marchés aux importations, et ainsi protéger les outils productifs de chaque région, bouleversent les chaînes d’approvisionnement même si tous les constructeurs ne sont pas touchés de la même manière selon qu’ils sont en Europe, au Japon, en Chine ou aux USA.

Cela signifie pour les unes, augmentations des prix et perte de part de marché et pour les autres, réductions de la gamme de produits proposés ainsi que le ralentissement des innovations technologiques.

Les tensions géopolitiques fragilisent aussi la filière sur le plan des terres rares.

En riposte aux mesures américaines, la Chine a ralenti la fourniture des terres rares indispensables à la fabrication de composants électroniques et de moteurs électriques. Pour les pays producteurs, le contrôle du marché agit comme un avantage concurrentiel qui permet de prendre de l’avance, tant dans le nombre de véhicules produits que dans leur supériorité technologique. Soumis à ces aléas, les constructeurs, notamment européens, pourraient se trouver face à une paralysie de l’industrie automobile, similaire à celle provoquée par la pénurie de semi-conducteurs.

Comme pour les autres secteurs d’activité, les tensions géopolitiques bouleversent l’organisation de la filière et la gestion des flux à venir. Elle appelle les entreprises du secteur à développer de nouvelles agilités.